Rénovation énergétique : les aides bientôt indexées sur le coût des travaux ? – Capital.fr

Le succès de MaPrimeRénov’ est indéniable. Lancée en 2020, la principale aide publique à la rénovation énergétique des logements a permis de financer près de 650.000 chantiers l’an dernier, pour un peu plus de 2 milliards d’euros de primes versées. Une dynamique qui semble se maintenir en 2022, puisque 207.000 subventions ont été accordées aux ménages sur les quatre premiers mois de l’année. Le gouvernement se fixe désormais un rythme de croisière de 700.000 rénovations par an pour atteindre l’objectif de neutralité carbone à horizon 2050.

Mais le contexte économique pourrait rapidement contrarier ses plans. Car la hausse des prix des matières premières, qui entraîne d’énormes difficultés d’approvisionnement, la flambée des prix de l’énergie et la poussée inflationniste globale entraînent d’importants surcoûts dans le bâtiment. Résultat, le coût des travaux augmente et rogne progressivement les aides servies aux ménages. De fait, le marché de la rénovation énergétique dans le résidentiel progresse de 0,9% sur un an au premier trimestre 2022, selon la Fédération française du bâtiment (FFB). Mais il ressort moins bien orienté que le segment non résidentiel (+2,9% sur la période) et que l’ensemble des travaux dans le BTP. Les professionnels s’inquiètent par ailleurs de la dégradation du marché des certificats d’économies d’énergie (CEE) et de l’instabilité actuelle de l’aide.

Augmentation de 5% à 30% des devis

Dans ce contexte, et alors que le secteur craint aussi l’accumulation rapide de surcoûts réglementaires – nouvelle réglementation environnementale RE2020, la trajectoire zéro artificialisation nette des sols, la responsabilité élargie des producteurs pour la reprise des déchets du bâtiment… -, le ministre de l’Économie Bruno Le Maire s’est engagé à recevoir les acteurs de la filière pour tenter de trouver des solutions. Il devrait les consulter à l’issue des élections législatives, dans le cadre des Assises du bâtiment. Plusieurs sujets sont déjà inscrits à l’ordre du jour : solidarité de la filière et indexation des prix de marché, accompagnement de la trésorerie des entreprises en difficulté, analyse de l’accumulation des surcoûts… et réflexion sur l’indexation des aides, dans un monde à nouveau inflationniste.

>> Notre service – Trouvez un artisan de qualité et obtenez vos aides pour votre projet d’isolation

Une piste initialement évoquée par la Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment (Capeb), qui aurait ensuite été reprise par Bruno Le Maire. “L’idée est d’indexer les aides, notamment MaPrimeRénov’, sur l’inflation, mais aussi sur la hausse des prix des matériaux, pour tenir compte de l’augmentation à venir de nos devis”, explique Jean-Christophe Repon, le président de la Capeb. L’organisation patronale estime en effet que, si les artisans les répercutent, les surcoûts pourraient faire bondir les devis de 5 à 30% d’ici la fin de l’année. “Or, si les devis augmentent de 30% mais que les aides restent au même niveau, le reste à charge, lui, explose. Et c’est autant de pouvoir d’achat en moins pour le particulier”, défend le président de la Capeb. Et tout un pan du bâtiment qui s’effondre. “L’indexation des aides permettrait à la fois d’accélérer le rythme des rénovations, mais aussi de sortir au plus vite du gaz russe”, défend pour sa part la FFB.

Inflation ou coût réel des travaux ?

Rappelons que, s’agissant de MaPrimeRénov’, une enveloppe est généralement votée en loi de finances pour l’année à venir. Celle-ci est ensuite ventilée en fonction des travaux engagés (isolation, changement de chauffage, etc.), selon une grille de forfaits définie par décret. Selon la demande en travaux, cette enveloppe peut ensuite être augmentée en cours d’année, comme ce fut le cas en 2021, au gré d’une loi de finances rectificative. Et des revalorisations ponctuelles de certains forfaits peuvent être décidées selon le contexte, comme en avril, afin de réduire notre dépendance au gaz russe.

Les réflexions en cours pourraient donc aboutir à une augmentation globale des forfaits accordés pour chaque type de travaux en loi de finances, afin de tenir compte du niveau d’inflation. Ou même à une indexation des aides sur l’ensemble des surcoûts subis par la filière, soit sur le prix réel des travaux payés en bout de chaîne par les particuliers. “Cela fait partie des discussions en cours”, confirme la FFB. Reste à savoir quelle sera la formule retenue par l’exécutif. Car cela reviendrait à ce que l’Etat prenne en charge l’intégralité des surcoûts.

Des aides spécifiques bientôt proposées

Néanmoins, certains acteurs de la rénovation énergétique s’inquiètent déjà des conséquences néfastes d’une éventuelle revalorisation globale et indifférenciée des subventions. “Sur les aides, il faut du sur-mesure. Par exemple, les primes servies pour l’installation d’un poêle à granulés ont été augmentées en début d’année, alors qu’il s’agit avant tout d’un chauffage d’appoint. Ce type d’opération est donc bien moins efficace en termes de gains énergétiques que l’isolation thermique, qui elle dégringole depuis un an”, soutient Audrey Zermati, directrice stratégique du groupe Effy.

>> Notre service – Trouvez un artisan de qualité et obtenez vos aides pour votre projet d’installation de chauffage

La demande en travaux d’isolation s’est en effet effondrée suite à la diminution des primes CEE, provoquée par la chute du cours des CEE et la suppression des bonifications accordées à certains ménages. Or, il n’est pas possible de revaloriser ces primes suivant une logique de pourcentage d’inflation. “Si on veut agir sur le prix des CEE, il faut une action sur le niveau global des obligations”, plaide Effy, à l’instar de beaucoup d’autres professionnels. “On peut tout à fait se pencher sur le problème de l’inflation et des surcoûts, mais il ne faudrait pas que cela nous exonère de réfléchir plus globalement à la distribution des aides et à la répartition de leurs montants, travaux par travaux”, conclut Audrey Zermati.

De son côté, la Capeb fera des propositions d’aides spécifiques à la rénovation énergétique pour maintenir le pouvoir d’achat des ménages et l’activité de la filière. “Nous travaillons encore dessus, mais cela pourrait par exemple prendre la forme d’un chèque incitant les ménages à engager des rénovations globales”, détaille Jean-Christophe Repon. Les artisans du bâtiment ont rendez-vous la semaine prochaine à Bercy, pour une possible préparation des Assises du bâtiment.

>> Notre service – Rénovation énergétique : calculez le montant de vos aides (MaPrimeRénov’, CEE…) et trouvez le bon artisan pour vos travaux

Recevez nos dernières news Chaque semaine votre rendez-vous avec l’actualité immobilière.

Source Google News – Cliquez pour lire l’article original