Reforme des retraites: Pour Aghion, Emmanuel Macron ne doit pas toucher à l’âge de départ – Challenges

Le premier quinquennat d’Emmanuel Macron a été celui de la libéralisation de l’économie, avec trois réformes emblématiques: celle de la fiscalité, avec le passage à la “flat tax” sur les revenus du capital et la baisse des impôts de production, la loi travail, qui a réduit de moitié du nombre de contentieux aux prud’hommes et élargi le pouvoir décisionnel des accords d’entreprise, et celle de l’apprentissage, qui a libéralisé l’offre de prestations afin de mieux répondre aux besoins de compétences.La réforme des retraites constitue un levier essentiel pour investir plus et mieux dans l’éducation, la santé, la transition énergétique…

Ces réformes ont permis des créations d’entreprises à un rythme inédit, avec 1 million d’entreprises nouvelles enregistré en 2021, ainsi qu’une baisse considérable du chômage, avec 1,2 million d’emplois créés depuis 2017. Par ailleurs, grâce à cette amélioration de l’emploi, aux baisses d’impôts et de charges et au “quoi qu’il en coûte”, le pouvoir d’achat des ménages a fortement progressé entre 2017 et 2022, et ces gains ont profité à tous les ménages à tous niveaux de revenu.

“Urgence de la réindustrialisation”

Pourtant, Emmanuel Macron démarre son second quinquennat sans bénéficier d’aucun état de grâce et au contraire avec un ensemble de défis qui rendent la tâche apparemment insurmontable: en particulier, un déficit commercial qui s’élève à 80 milliards d’euros en 2021 et qui souligne l’urgence d’une réindustrialisation de notre économie; une école publique qui nous place 26e dans les classements Pisa et fait de la France le pays de l’OCDE où les résultats scolaires sont le plus fortement corrélés à l’origine socio-économique; un hôpital public qui tombe en ruine et encourage un nombre croissant de médecins et de personnels hospitaliers à se tourner vers le privé.

Comment relever tous ces défis et en même temps atteindre la neutralité carbone en 2050, avec une dette publique qui s’élève a 113% de notre produit intérieur brut (PIB)?

Pour réaliser cette quadrature de cercle, il n’y a pas d’autre moyen que de réduire la part “récurrente” de notre dépense publique et d’augmenter notre niveau d’activité, pour investir plus et mieux dans l’éducation, la santé, la transition énergétique et la réindustrialisation. La réforme des retraites constitue un levier essentiel pour y parvenir.

Augmenter la durée de cotisation

Elisabeth Borne a raison de ne pas faire de l’âge légal minimal une pré-condition: augmenter l’âge minimum pénalise les individus qui commencent à travailler tôt; or il s’agit typiquement des individus à plus faible espérance de vie et qui effectuent les tâches les plus pénibles. Ma préférence va pour une augmentation de la durée de cotisation qui tienne compte de la pénibilité, sans augmentation de l’âge légal minimum: au fond, il ne s’agit ni plus ni moins que d’accélérer le rythme et d’étendre les modalités de la loi Touraine, laquelle prévoyait déjà d’augmenter la durée de cotisation en fonction de l’espérance de vie.

Augmenter la durée de cotisation des retraites permettra tout à la fois: d’équilibrer le système de retraite par répartition – le dernier rapport du Conseil d’orientation des retraites (COR) a sous-estimé le déficit du régime de retraite en ne prenant pas en compte les surcotisations par l’Etat employeur – et surtout de relever le taux d’activité en augmentant le nombre des actifs. Ce faisant, la France parviendra à rassurer à la fois les marchés financiers – et donc à réduire les taux auxquels elle emprunte sur ces marchés – et nos partenaires européens, ce qui accroîtra les marges budgétaires dont nous avons besoin pour investir dans une croissance plus verte et plus inclusive.

Il s’agit au fond de repenser Maastricht. Jusqu’à présent, pour décider si un pays se situe dans les clous, on se bornait à vérifier que le déficit public dans ce pays ne dépassait pas 3% de son PIB.

Plutôt que de se focaliser sur le montant total de la dépense publique, il faut prendre en compte sa composition, en particulier la part de la dépense publique consacrée à la croissance et à l’environnement. Augmenter la durée de cotisation pour les retraites, mais en même temps investir de façon transformatrice dans l’éducation, la santé et la politique industrielle.

C’est exactement la philosophie qui a inspiré le Premier ministre italien Mario Draghi: celui-ci a décidé d’utiliser les fonds du plan de relance européen pour emprunter davantage et ainsi financer un investissement massif sur cinq ans dans l’éducation, la recherche, la santé, l’énergie, et le numérique. Le premier quinquennat d’Emmanuel Macron fut celui de la libéralisation. Son second quinquennat doit être celui de l’investissement.

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