« Les urbanistes servent-ils à quelque chose ? » A la barre du tribunal, la question est posée sans détours. Procureur et avocat de la défense rivalisent de joutes oratoires et perturbent gentiment les témoins invités à se prononcer sur le phénomène de l’étalement urbain. Car l’accusé de ce procès fictif – performance introductive de la 42e rencontre de la Fédération nationale des agences d’urbanisme – est l’imaginaire Monsieur Urbain Létalé.

Sur la scène du Kursaal à Dunkerque, ce jeudi 2 décembre, M. Létalé est visé par quatre chefs d’accusation. Il lui est reproché de « désociabiliser nos citoyens », « accroître les inégalités », « freiner les transitions énergétiques » et « mochiser les paysages ». Invité à revêtir le rôle du jury populaire, le public déclare l’accusé coupable des deux derniers chefs. Des peines d’intérêt général sont prononcées puis la présidente du tribunal met fin à la séance.

Dans la salle, les applaudissements sont nourris, et sur l’espace de retransmission en direct, les commentaires fort élogieux. Après une édition 2020 entièrement numérique, le retour de la rencontre annuelle des agences d’urbanisme dans un format hybride, du 1er au 3 décembre, a été une réussite.

Pour leur 42ème rencontre, les 50 agences d’urbanisme réunies au sein de la FNAU se sont retrouvées à Dunkerque sous le mot d’ordre : « Co-habitons ! » Une injonction « assumée » dont les nombreuses variations auront été esquissées dans l’événement d’ouverture et approfondies dans les débats en plénière et la quinzaine d’ateliers organisés.

La « co-habitation » sous toutes ses formes

Alors que « la crise sanitaire a mis à mal le lien social et la co-habitation », selon Patrice Vergriete, maire de Dunkerque et président délégué de la FNAU, il était d’autant plus nécessaire de réfléchir à ces notions dans leurs différentes dimensions.  Ainsi la co-habitation n’a pas été abordée sous l’angle du seul logement, mais s’est ouverte à des réflexions sur la co-habitation avec la nature et le vivant, avec les territoires voisins ou encore entre les différents modes de transport.

Maire de Port-Jérôme-sur-Seine et Présidente de Caux Seine Agglo, territoire marqué par l’industrie pétrolière et chimique, Virginie Carolo-Lutro a elle insisté sur une dimension souvent négligée, à savoir la « co-habitation entre résidentiel et industrie », ainsi que sur ses différentes échelles : co-habitation à l’échelle des espaces publics, à l’échelle des quartiers et enfin à l’échelle des foyers. Chacune de ces échelles appelant des outils différents (budgets participatifs, travailleurs de quartiers, engagement associatif et bénévolat) pour être traitées.

La co-habitation avec la nature et le vivant a occupé une grande place dans les débats et les discussions. Si l’historienne de l’environnement Valérie Chansigeaud a pointé l’ambiguïté de tels termes et leur caractère parfois « cosmétique », la plupart des intervenants se sont accordés sur la nouvelle sensibilité que l’adoption de ces approches apportait à l’élaboration et à la conduite des projets urbains.

Zoom sur la nature

Mais au-delà de concepts parfois abstraits, la 42e rencontre a été l’occasion de présenter des outils concrets, à l’image de la « toile du vivant » – permettant la mise en valeur de l’écosystème qui nous entoure – ou des indicateurs de comptabilité écologique, comme l’ESGAP, développés par le WWF.

C’est cet aller-retour entre théorie et action, réflexion théorique et actions concrètes, qui fait la force des agences d’urbanisme, comme l’a souligné la ministre de la cohésion des territoires, Jacqueline Gourault. « Le modèle des agences d’urbanisme est plus que jamais nécessaire. Elles jouent un rôle essentiel que nous gagnerons à déployer encore davantage » afin de « lutter contre les zones blances en matière d’ingénierie.» Autre voie ministérielle, Emmanuelle Wargon, la ministre en charge du logement, en a  appelé à la collaboration des agences d’urbanisme dans l’application des objectifs de sobriété foncière inscrits dans la récente loi climat et résilience.

Les agences d’urbanisme ont à nouveau montré qu’elles étaient au centre du jeu pour penser et aménager les territoires de demain.

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Les agences d’urbanisme se penchent sur la « co-habitation » – Gazette des communes
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