La ville « fonctionnelle », où les interactions, les flux, l’espace et le temps sont imaginés et organisés selon différentes fonctions, a fait la preuve de ses limites sur la santé mentale des habitants, a souligné Etienne Régent, architecte, membre de La Fabrique des transitions de Lyon et ses régions, lors du webinaire organisé par le pôle « ESE » et la plateforme « santé mentale » de l’IREPS d’Auvergne – Rhône-Alpes. « On est au maximum de cette tendance, avec des métabolismes urbains hyper optimisés dans ses fonctionnalités mais dissociés de toute forme d’expérience vivante », a-t-il précisé. Le besoin d’optimisation constante crée du stress et des sentiments d’échec, néfastes à l’échelle individuelle mais aussi collective. Le rapport des habitants à la société, à eux-mêmes et à la nature est désormais distancié et leurs opportunités « de se projeter et d’exprimer leur capacité d’action sur leur existence et leur territoire » sont devenues trop limitées.

Métabolismes urbains néfastes

« Cette ville essentiellement fonctionnelle, en crise, ne répond pas aux trois grands besoins psychologiques fondamentaux des être humains décrits par les psychologues Deci et Ryan dans leur “Théorie de l’autodétermination” », a ajouté Maeva Bigot, psychologue sociale, cofondatrice du Psykolab et aussi membre de La Fabrique des transitions. « Elle ne répond pas, a-t-elle développé, au besoin de compétence [le fait de se sentir efficace dans ses interactions avec les autres et sur son environnement], au besoin d’autonomie [le fait se se sentir à l’origine de ses propres comportements] ni au besoin d’affiliation, d’interdépendance satisfaisante avec les autres. » Alors que le bonheur ne se décrète ni ne se programme, une ville « suffisamment bonne » pour ses habitants, a poursuivi la psychologue, serait une ville où, spontanément, « l’on pourrait satisfaire ses besoins vitaux, faire des choix, mettre du sens sur les événements, se sentir en sécurité physique et affective, reconnu, pouvoir jouer, se sentir accueilli dans les espaces… ». Pour Etienne Régent, c’est aussi une ville où les différentes échelles urbaines s’articulent entre elles et où la « petite échelle » retrouve de l’importance.

Design permaculturel

Selon l’architecte, l’enjeu urbain aujourd’hui consiste à « requalifier nos modes d’existence et retrouver une capacité d’interactions et d’interdépendance avec soi, l’autre, le temps, le vivant, dans nos projets urbains » . Il s’agit, pour lui, de favoriser l’émergence d’« urbanités relationnelles » qui intègrent « l’ensemble des populations, des moins agissantes aux plus puissantes ». Sans que toute fonctionnalité lui soit retirée, cette « ville relationnelle » devrait, a précisé Maeva Bigot, être une ville où les espaces, sans être trop prescrits, favorisent la rencontre, le « faire ensemble » et le solidaire, une ville de la surprise, une ville de la nuit et du week-end avec « du temps à disposition pour être en lien avec les autres , mais aussi une ville naturelle et une ville « nourricière et commensale ». « Ces dimensions peuvent émerger d’un processus de permaculture urbaine, de design permaculturel », a résumé Etienne Régent, une démarche qui « transforme les pratiques de l’urbanisme et de l’architecture », à l’opposé de la démarche de projet, des « processus cloisonnés ou silotés et des jeux d’expertise descendants ».

Cette permaculture nécessite, selon les deux intervenants, une plus grande attention portée à l’expérience des habitants, à leurs perceptions et aux émotions qu’ils éprouvent dans les différentes dimensions de leur vie dans la ville. Et donc aux vraies démarches de participation citoyenne. La psychologue a ainsi évoqué la nécessité pour les élus de s’imprégner de cette culture, de participer, par exemple, aux marches exploratoires, de « changer de posture » pour changer les conditions dans lesquelles ils rencontrent les habitants et prennent en compte leurs besoins et leurs expériences.

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Urbanisme et santé psychique : plaidoyer pour une ville relationnelle – Gazette des communes
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