Gilles Lurton
A Saint-Malo, chaque année, « environ 210 logements du parc existant changent de statut de résidence principale à résidence secondaire », note le maire de la ville, Gilles Lurton.  ©Le Pays Malouin

Le Pays Malouin. Faut-il selon vous limiter le nombre de résidences secondaires ?

Gilles Lurton. Je ne vois pas très bien comment légalement nous pourrions le faire s’agissant de la liberté de chacune ou chacun de posséder une résidence secondaire.

Le maire de Saint-Malo plante le décor :

Saint-Malo est une ville littorale très attractive fortement impactée par le phénomène de la résidence secondaire et du logement touristique de courte durée. Elle dénombre en 2018, 9 395 résidences secondaires sur un parc global de 35 827 logements, soit 26.2 % du parc de logement. Ce phénomène a pris une ampleur plus forte depuis plusieurs années avec une augmentation de + 2 753 résidences secondaires sur la période 2008-2018.

Et plus largement, l’élu observe un changement de la nature des occupations de résidences secondaires :

« Le phénomène a beaucoup évolué depuis 20 ans, notamment avec l’émergence d’un temps de travail plus réduit. Le modèle ancien d’une résidence secondaire occupée ponctuellement quelques semaines par an évolue au profit d’une bi-résidentialité où les propriétaires se partagent entre deux domiciles sur une période longue dans l’année. »

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Mais aussi un glissement d’une partie du parc immobilier ancien, qu’il faut compenser : 

« La création de nouvelles résidences secondaires impacte le parc ancien. On a dénombré que seulement 12 % de la production neuve est acquise comme résidence secondaire, soit environ 60 logements par an. Environ 210 logements par an du parc existant changent de statut de résidence principale à résidence secondaire. En prenant en compte [le] vieillissement de la population, [la] décohabitation des ménages et [les] résidences secondaires, la ville doit construire autour de 500 nouveaux logements chaque année pour maintenir une population stable. »

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Et enfin qu’il faut une nécessaire limitation du parc de logement touristique de courte durée :

« La Ville de Saint-Malo est très impactée par le logement touristique meublé de courte durée. La municipalité a souhaité [mettre] en place un règlement qui limite à un logement touristique meublé par propriétaire physique, avec des quotas par quartier. Ce règlement approuvé en juin 2021 porte aujourd’hui ses fruits. L’objectif est d’éviter une recrudescence des logements familiaux dans les quartiers acquis par des investisseurs à des prix élevés pour les relouer ensuite en courte durée et à des prix exorbitants. Les habitants aux revenus modestes ne peuvent pas rivaliser avec ce phénomène et ne peuvent plus se loger à Saint-Malo. Pour une ville active et équilibrée, il faut donc chercher à limiter le développement des résidences secondaires louées en courte durée. »

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LPM. Quels sont les moyens d’une commune comme Saint-Malo pour équilibrer l’offre de logements ?

G.L. « Le législateur donne peu de moyens juridiques aux communes. La ville dispose cependant de plusieurs : au travers du Programme Local de l’Habitat en poursuivant une politique volontariste en faveur du logement locatif social et de l’accession à prix maîtrisé, type bail réel solidaire ou accession sociale à la propriété ; au travers des programmes de construction : la ville a mis en place une charte de la construction et de l’aménagement durables où elle exprime son exigence pour construire des logements familiaux ; au travers du PLU : en favorisant des programmes de renouvellement urbain sur les secteurs rétro-littoraux (hippodrome, caserne de Lorette, QPC Découverte, Général de Gaulle). »

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LPM. Qu’est-ce que Saint-Malo met en œuvre ?

G.L. « Depuis 2017, la Ville de Saint-Malo dispose d’un Office Foncier Solidaire (OFS) qui contribue à la création d’une offre de logements abordables et à l’accession sociale à la propriété, notamment des familles : le Foncier Coopératif Malouin (FCM). Ce dispositif permet de déduire le prix du foncier du terrain, du prix d’acquisition par les particuliers. Le fonctionnement se traduit par la signature d’un Bail Réel Solidaire (BRS). »

En outre, il existe des aides pour les propriétaires : 

« Suite à l’adoption du nouveau règlement communal des meublés de tourisme, l’Agglomération de Saint-Malo et la Ville œuvrent pour accompagner les propriétaires et les professionnels de l’immobilier dans leur démarche d’investissement locatif. Des dispositifs existent pour inciter davantage à la rénovation ou la réhabilitation des logements existants en vue d’une mise en location longue durée. »

En l’occurrence, les aides « Louer Mieux » de l’Agence nationale de l’Habitat ou « Louer pour l’Emploi » d’Action Logement et les dispositifs d’incitation fiscale « Denormandie » et Cosse (« Louer abordable ») de l’ANAH.

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« Par ailleurs, termine le premier élu, Saint-Malo a la particularité de bénéficier d’une convention Action Cœur de Ville, dont l’objectif est de mettre en œuvre un projet de territoire visant à rendre les centres-villes plus attractifs (réguler le marché locatif privé, encourager la rénovation du parc existant) et à faciliter la réalisation des projets. »

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Résidences secondaires à Saint-Malo : « Le phénomène a beaucoup évolué en 20 ans » – actu.fr
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