Rénovation énergétique : le reste à charge en hausse – Le Moniteur

Selon les professionnels interrogés, le reste à charge des ménages effectuant des travaux de rénovation énergétique est soit en hausse depuis le début de l’année, soit annoncé en progression dans les prochains mois. En cause : l’inflation et les aides publiques remaniées.

La chasse aux logements énergivores a été déclarée lors du précédent quinquennat. Mais la massification des rénovations globales, moyen le plus efficace pour éradiquer les passoires thermiques, n’aura pas lieu. Du moins, dans l’immédiat…

En cause ? Le frein financier qui persiste, malgré les aides nationales déployées (MaPrimeRénov’, certificats d’économie d’énergie…) et locales (Yvelines Habiter Mieux, Prime Energie Lot…) mais aussi les financements bancaires dédiés, de BNP Paribas à Crédit Agricole.

En témoigne la hausse du reste à charge (RAC) estimé des ménages effectuant des travaux de rénovation globale de leur maison individuelle, selon les calculs – réalisés en exclusivité pour le Moniteur – du groupe Hellio, mandataire MaPrimeRénov’ et délégataire de certificats d’économie d’énergie (CEE).


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Hausse de 18% du coût travaux

Pour les ménages présentés comme très modestes par l’Agence nationale de l’habitat (Anah), par exemple un couple francilien gagnant moins de 31 000€ par an, Hellio estime le reste à charge à 53%, alors que le gouvernement vise les 10% voire 0% de RAC. Pour ces ménages, « le cumul des aides MaPrimeRénov’ et des CEE permet une prise en charge jusqu’à 90 % du montant des travaux. En ajoutant les aides locales, la prise en charge peut atteindre 100% », lit-on dans le guide des aides 2022, consultable sur le site de l’Anah.

Dans son rapport 2021 sur le mal-logement, la Fondation Abbé Pierre (FAP) estimait le RAC des ménages très modestes à 39 %. Autrement dit, le RAC des propriétaires les plus défavorisés de France a grimpé de près de 14 points depuis le début d’année, alors que l’inflation annuelle a atteint 5,2% en mai dernier, selon l’Insee.


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Concernant les ménages modestes, Hellio évalue leur RAC à 66%, soit une augmentation de près de 18 points par rapport à la dernière estimation de la FAP (56%). Sont concernés, entre autres, les couples dont le revenu fiscal 2021 est inférieur à 37 739€ (s’ils vivent en Ile-de-France) ou à 28 614€ (en régions).

Les ménages intermédiaires et aisés, que la FAP n’a pas observés, affichent respectivement un RAC moyen de 79% et de 88%, toujours selon Hellio.


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Deux facteurs expliquent cette nouvelle donne. « D’un côté, la hausse des prix des travaux estimée par Hellio à 18 %, liée aux répercussions du Covid, aux problèmes d’approvisionnement, à l’augmentation du coût des matières premières comme les isolants, dus entre autres à la guerre en Ukraine. De l’autre, la réduction de la part des travaux couverts par les aides à cause de la diminution des primes CEE, liée à la révision de la fiche rénovation performante BAR-TH-164 (qui représente seulement 3,12% des CEE enregistrés en avril selon la Direction générale de l’énergie et du climat, ndlr) », analyse Barthélémy Schlumberger, chargé d’étude au sein du pôle R&D d’Hellio.

Peu de dossiers à analyser

De son côté, le réseau associatif Soliha se montre moins alarmiste. En exclusivité pour Le Moniteur, l’assistant à maîtrise d’ouvrage, partenaire de délégataires CEE (Effy et Sonergia), a étudié des plans de financement, devis et projets de travaux en Corrèze et en Indre-et-Loire. Deux départements à dominante de logements individuels.

Résultat, le RAC moyen d’un ménage très modeste dans ces deux territoires ruraux s’élève à 33%, pour un montant de rénovation estimé à 303 €/m². Fin 2021 à l’échelle nationale, il était de 39% selon la FAP. Le RAC moyen d’un ménage modeste est stable, à 57% (291 €/m²).


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Mais des hausses sont à prévoir, dès le 1er juillet. « En remplacement d’Habiter Mieux Sérénité, le nouveau programme MaPrimeRénov’ Sérénité, dédié lui aussi aux ménages très modestes et modestes pour de la rénovation globale avec un gain énergétique de 35% minimum, sera uniquement alimenté par le budget de l’Anah alors qu’il bénéficiait auparavant des CEE », explique Guillaume Second, chargé de mission transition écologique solidaire de la fédération.

Conséquence, la prime Anah, moins élevée, sera à compléter avec des CEE, qui ont chuté ces derniers mois. « Mécaniquement, pour un même montant de rénovation, le reste à charge va augmenter de +1,9 points pour les très modestes et de +3,2 points pour les modestes, alors que cette réforme doit le faire baisser selon le (précédent, ndlr) gouvernement, pointe-t-il. A ce contexte s’ajoute la hausse du coût des matériaux, qui fera elle aussi mécaniquement augmenter ce reste à charge. »

Faute de dossiers à analyser, plusieurs délégataires CEE sollicités n’ont pas été en mesure de répondre.


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