Lesbian Herstory Archives : créer une mémoire lesbienne – Hétéroclite – Hétéroclite

Le Lesbian Herstory Archives est un centre d’archives communautaire dédié à l’histoire des lesbiennes, à la fois en tant qu’individus, communautés et organisations. Situé à New-York, il abrite la plus grande collection mondiale d’artefacts historiques créés par, pour et/ou sur des lesbiennes. Un projet politique dont la réalisatrice Megan Rossman a décidé de retracer l’histoire, avec son documentaire The Archivettes, projeté ce 26 juin à Villeurbanne dans le cadre du Mégagouinefest. 

« Notre histoire disparaît à mesure qu’elle se créée », constatent en 1974 Deborah Edel et Joan Nestle, en ces temps activistes de la Gay Academic Union. Dans les livres d’histoire, les femmes saphiques célèbres deviennent des hétéros par défaut, ou ces fameuses « éternelles célibataires » qui ont passé leur vie « aux côtés d’une très proche amie ». Dans certaines familles, on découvre le lesbianisme d’une défunte à la lecture de son testament, et on décide de détruire tout objet donnant l’indice de sa sexualité. Journaux intimes, lettres d’amour, photos de couple à la poubelle ; manifestations lesbiennes peu documentées, écrits non-publiés, revues censurées ou qui ne perdurent jamais… À toute échelle, individuelle, communautaire et organisationnelle, l’invisibilité lesbienne efface les traces de nos amours, de nos pensées, nos luttes et nos victoires.

Mémoire collective et intergénérationnelle

C’est contre cet « héritage des visages oubliés » qu’ont souhaité lutter les activistes à l’origine du Lesbian Herstory Archives : il s’agissait de rassembler et préserver tout document relatif aux existences saphiques, pour transmettre la façon dont, à travers l’histoire, les lesbiennes ont parlé d’elles-mêmes, se sont représentées et ont résisté. Car pour pouvoir se construire et trouver leurs chemins, « les générations futures de lesbiennes doivent savoir ce qui les a précédées ».

Barrage à l’invisibilisation, création d’une mémoire collective et d’un lien communautaire à travers le temps, telles étaient les ambitions des archives, nées dans la cuisine de l’appartement de Joan Nestle en 1974, avant d’être relocalisées dans un bâtiment de 4 étages à Brooklyn en 1992, où elles subsistent aujourd’hui. Lesbian Herstory Archives

On y trouve désormais 11 000 livres écrits par et/ou sur des lesbiennes, ainsi que 1000 écrits non-publiés d’essais, fiction et littérature. Sont archivées des collections de pins et tee-shirts portant des messages saphiques communautaires, politiques et amoureux, qui « racontent une histoire à propos de qui nous sommes et à quoi ressemblent nos vies ». Ont également été collectés des photos, vidéos, enregistrements sonores, pancartes de marches lesbiennes, revues et magazines rares.

L’histoire par les archives individuelles

Sans doute la plus innovante, la « collection spéciale », contient des documents personnels, non pas de figures célèbres, mais de « lesbiennes lambda ». Elle reflète ainsi la conviction initiale du Lesbian Herstory Archives, celle de fabriquer l’histoire par les archives individuelles. Conviction qui a entraîné les membres du centre dans des « opérations sauvetage de la mémoire lesbienne », en allant par exemple récupérer les affaires d’une lesbienne défunte sur le point d’être détruites par sa famille ; ou encore les lettres d’amour qu’une femme, venant de se faire quitter par sa partenaire, était sur le point de jeter…Et qui figurent désormais dans le lieu qu’on surnomme « musée des lesbiennes ».

Lui-même une contribution à l’histoire et la mémoire lesbienne, le documentaire de Megan Rossman nous fait prendre conscience de l’importance des petits artefacts de nos existences saphiques, nous incitant au passage à créer nos propres archives personnelles. Pour citer Deborah Edel, « Si un objet est touché par une lesbienne, il mérite d’être conservé ! »

Lesbian Herstory Archives

À VOIR

Le documentaire The Archivettes de Megan Rossman sera projeté et suivi d’une discussion avec le collectif Mémoires Minoritaires, dans le cadre du Mégagouinefest, qui se déroulera du 24 au 26 juin à L’île égalité, 6 rue de l’égalité-Villeurbanne. Plus d’informations sur le site de l’événement,  sur Instagram et sur Facebook

Photo 1 : Les coordinatrices des archives célèbrent avec joie l’ouverture du nouveau local de Park Slope, Brooklyn. © Saskia Scheffer, 1993.

Photo 2 : On retrouve de gauche à droite Madeline Davis, Frances Dowdy, Gayle Rubin, Pat Califia, puis Sabrina Williams, assise sur le sol. © Morgan Gwenwald, 1982.

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