Les grands chantiers du Théâtre de Chaillot – Les Échos

Jack Lang, nommé en 1972 à la direction du Théâtre de Chaillot par le président Georges Pompidou, avait voulu une grande salle modulable de 1.200 places. « A l’usage, cette potentialité a été peu exploitée et les gradins rétractables n’ont pas permis d’utiliser le gigantesque espace vacant en dessous. Comme il faut rénover cette salle Jean Vilar, nous allons opter pour un mode fixe, et réaliser une nouvelle salle en dessous, de la taille de ce plateau de danse, le plus grand de Paris hors Opéra Bastille », explique Rachid Ouramdane, danseur, chorégraphe, et directeur de Chaillot-Théâtre national de la danse.

L’importante rénovation que lance le théâtre qui fait face à la tour Eiffel impliquera la restructuration du gradin, l’agrandissement du plateau, la création d’une salle de répétition de 380 mètres carrés, la réfection de vingt loges, d’une trentaine de locaux techniques et des bureaux. Au final, les consommations énergétiques seront réduites de 33 % et les outils scénographiques seront modernisés.

L’esprit années 1930 respecté

L’esprit des années 1930 et le style Art déco du palais seront conservés, sans pour autant en retenir les codes monumentaux. Les essences nobles de bois sont privilégiées, ainsi que l’acier et le laiton.

Les travaux, confiés à Eiffage, visent aussi à garantir un confort optimal aux 138.000 spectateurs reçus par an, aux artistes accueillis sur près de 60 spectacles et aux 130 collaborateurs. Ils débuteront en janvier 2023 pour une durée de 2 ans et demi et un coût total de 51 millions d’euros, financé par le ministère de la Culture.

Cela fait suite à une première tranche de 19 millions d’euros entre 2013 et 2017, incluant la refonte intégrale de la salle Gémier, l’entrée des décors depuis l’esplanade du Trocadéro, la restauration de fresques murales, l’accès des personnes à mobilité réduite.

Expériences nouvelles

« Le lieu va rester ouvert, avec une forte activité dans notre immense foyer, dans la salle Gémier, aux abords, et dans des sites fragilisés du Grand Paris : La Villette, la Maison des arts et de la culture de Créteil, le Centre national de la danse à Pantin, la MC 93 de Bobigny », précise Rachid Ouramdane . L’occasion aussi de renouveler la « Chaillot Expérience », ce format événementiel où la danse investit des espaces inédits et invite d’autres disciplines, comme lors des Journées du patrimoine en 2021, quand un funambule a relié la tour Eiffel à Chaillot, à 70 mètres du sol.

« Le Covid a changé les attentes, il est difficile de faire revenir le public en salle. Les gens ont besoin de sensations nouvelles, il faut casser les codes, d’autant que nous sommes très challengés par le numérique », estime le patron de Chaillot, qui va s’entourer la saison prochaine d’une dizaine d’artistes « associés », venus de différents univers comme celui du cirque.

Potentialités numériques

Les potentialités du numérique, le seul théâtre national 100 % dédié à la danse, au budget de 19 millions, compte bien les exploiter justement. « Nous souhaitons mettre en place un incubateur de projets artistiques, ainsi qu’un laboratoire d’innovation pour créer des outils pédagogiques et accompagner les pratiques amateurs, une plateforme de diffusion, et un rendez-vous pérenne avec colloques et formations », précise Pierre Lungheretti , directeur délégué à Chaillot.

Pour Rachid Ouramdane, ces chantiers s’inscrivent dans une réflexion pour élargir et rajeunir le public dont la moyenne d’âge est de 55 ans, même si 27 % de ses spectateurs ont moins de 28 ans, une performance.

Dans cette perspective et à l’approche des JO 2024 dont Chaillot accueillera certaines festivités, au milieu de la coulée verte piétonne, du Trocadéro à la tour Eiffel, souhaitée par la Ville de Paris, il a commencé à rapprocher sport et danse avec des propositions pour les scolaires et à développer les « Chaillot Colos ».

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