La reconversion des friches intimement liée à l’histoire des lieux – La Gazette des communes

Le département de la Moselle est un territoire industriel en recomposition et tient le record du nombre de friches à cette échelle, soit 362 (1450 en Lorraine et 7200 sur l’ensemble de la France). C’est donc à Metz qu’Arthur Loyd, spécialiste en immobilier d’entreprise, avait organisé, le 14 juin 2022, une table ronde intitulée « Friches Immobilières : quels nouveaux usages et création de valeur pour la ville de demain ? ». Quatre experts, une chercheuse, un aménageur, un représentant d’une entreprise industrielle et un investisseur spécialisé dans le « recyclage urbain », ont mis en perspective leurs expériences pour répondre à cette question. Celle-ci est d’autant plus d’actualité, que la transformation des friches représente une solution pour limiter l’étalement urbain, et que des fonds publics lui sont dédiés via le « fonds friches », qui a été pérennisé.

Les intervenants s’accordent sur l’opportunité dans ce domaine que peuvent représenter les friches.

« Nous achetons des bâtiments vides sans conditions, des bureaux à transformer en logements, nous créons aussi de l’activité, comme le projet de transformation de l’hôtel Dieu, à Paris, dédié aux sciences de la vie. Dans chaque opération nous mettons en place de l’occupation temporaire, qui est un laboratoire innovant. En 2021, 13 000 personnes ont bénéficié de locaux dans ce cadre» détaille Vincent Aurez, directeur innovation et développement durable de l’entreprise d’investissement Novaxia pour qui « la prise de conscience écologique grandissante donne plus de valeur aux friches. »

Dimension culturelle et sociale des friches

Leur transformation est néanmoins complexe, avec des projets qui mettent beaucoup de temps à se concrétiser, à l’image du quartier de l’Amphithéâtre à Metz. Ainsi de 15 à 20 ans ont été nécessaires, pour transformer ce site très pollué en un quartier de 1650 logements intégrant un important établissement culturel, le centre Pompidou Metz.

« Le terme de friche a longtemps eu une connotation négative. Mais avec le Zéro artificialisation nette (Zan), leur reconversion est devenue une chance.  Mais il est important de considérer que chaque friche a une histoire en lien avec un territoire, mais aussi avec des traumatismes locaux. Chaque opération de ce type n’est pas que technique mais a une dimension culturelle et sociale importante» considère Jérôme Barrier, directeur général de la Société d’équipement du Bassin lorrain (SEBL Grand Est) et Société d’aménagement et de renouvellement de l’Euro-Métropole de Metz (SAREMM), pour qui le fond friche initié par l’Etat, est utile pour « sortir des projets et compléter leurs financements. »

La prise en compte de l’aspect patrimonial pour un ancien site de production, est importante pour toutes les parties prenantes. « Il ne peut y avoir de reconversion sans concertation » affirme Marjorie Tendero, chercheuse associée au laboratoire Smart, qui a mis en place une démarche participative avec élus, riverains, associations mais aussi les anciens salariés autour de la représentation sociale de la Possonnière, une usine de métaux abandonnée, avec des sols souffrant de pollution.

Biodiversité

« Mais il faut éviter de faire de ces lieux un musée, prévient Christophe Ostolani, responsable du développement immobilier chez ArcelorMittal Europe, ou de faire un changement d’usage contre-nature ». Les anciens terrains sidérurgiques ArcelorMittal sont aujourd’hui reconvertis vers la logistique ou dans le cadre d’un projet de transition énergétique, avec l’implantation en Europe, de 850 hectares de panneaux solaires.

Alors, qu’elle pourrait être la valeur économique de ces sites ? « La valeur économique totale se divise entre les valeurs d’usages et les valeurs de non-usage » précise Marjorie Tendero, qui regrette que les différents acteurs publics et privés aient tendance à ne valoriser que les bureaux et logements. Alors que les espaces verts et la biodiversité qui en découle, ont « aussi des bénéfices économiques et  environnementaux plus difficiles à quantifier d’un point de vue monétaire mais qui se feront sentir à long terme. »

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