La diversité, le point faible de la French Tech – Les Échos Business

Si vous regardez attentivement les photos d’équipes de start-up, vous finirez très souvent par ce constat : une brochette de jeunes hommes blancs dans la vingtaine. Pour changer les photos, la mission French Tech a dévoilé fin mai un « pacte parité » qui comprend cinq engagements dont la constitution d’équipe paritaire de porte-parole.

A ce jour, près de 140 start-up françaises ont signé cette charte. Mais le manque de parité n’est pas l’unique caillou dans la chaussure de la French Tech. L’inclusion au sens large (âge, origine sociale et ethnique…) pêche dans l’écosystème.

Selon une étude menée par l’association Diversidays avec les cabinets Occurrence et PwC publiée en exclusivité par « Les Echos », 39 % des salariés en start-up déclarent avoir déjà été victimes d’une discrimination lors de leur intégration et 40 % indiquent avoir été victimes ou témoin d’une discrimination dans leurs fonctions. Et ce, alors que 81 % des personnes interrogées ont, de prime abord, une bonne opinion des start-up en matière de RH.

« Il y a un côté un peu ambivalent. D’un côté, les start-up ont une image très positive et de l’autre on remarque qu’il y a un certain entre-soi dans ce milieu », note Anthony Babkine, cofondateur de cette association d’égalité des chances dans le numérique. Le niveau de diplôme et l’âge sont les deux principaux critères perçus comme bloquant dans le recrutement en start-up.

« Cette appréhension s’explique par l’homogénéité des profils des fondateurs, qui ont en général le même parcours, la même école. Cela se ressent après dans leur recrutement », souligne Anthony Babkine. Les start-up qui doivent recruter en masse, à la suite d’une mégalevée de fonds, sont particulièrement touchées par ce phénomène.

« On parle beaucoup d’hypercroisssance mais où est l’hyperresponsabilité dans tout ça ? », s’interroge Anthony Babkine. Construire une stratégie de recrutement plus inclusive permettrait notamment de répondre à la pénurie de talents que subit l’écosystème depuis plusieurs mois, selon Chloé Sebagh, coautrice de l’étude.

Pour améliorer les politiques de diversité des start-up, Diversidays a créé avec la Fondation Mozaïk le mouvement TechYourPlace, qui fédère les entreprises de la tech et les fonds de capital-risque autour de la mise en place de bonnes pratiques de diversité et d’inclusion. Ses membres peuvent accéder à Mixity, une solution d’évaluation de politique diversité et inclusion. « Peu de start-up ont proactivement frappé à notre porte. Ce n’est pas une priorité pour elles », se désole Anthony Babkine.

Plusieurs noms connus dans l’écosystème comme Le Slip Français, la marque de couches Joone ou la solution antigaspi Phenix font partie des membres de TechYourPlace aux côtés de fonds comme Serena et ISAI.

Certaines start-up ont pris en main cette problématique en nommant des responsables diversité inclusion comme la licorne Contentsquare qui a recruté Orly Lynn, qui s’occupaient de ces sujets chez HSBC aux Etats-Unis.

YZR, start-up qui normalise les données fournisseurs des commerçants , a, dès sa création mis en place une politique de recrutement inclusive. « C’est indispensable de le faire dès le début. Quand vous démarrez une start-up, vous recrutez souvent les gens autour de vous, ce qui crée un énorme filtre », explique Sébastien Garcin, cofondateur de la jeune pousse fondée fin 2019.

A ce jour, 50 % des effectifs d’YZR sont féminins et les profils sont très divers : les salariés ont entre 22 et 61 ans. « Je ne regarde pas les diplômes et je prends beaucoup de personnes en reconversion », raconte le dirigeant, qui confie faire parfois de la discrimination positive, ce qui peut engendrer des questionnements pour les personnes embauchées. « Certaines femmes s’interrogent sur leur légitimité », avoue Sébastien Garcin. Même les bonnes intentions ne donnent pas des résultats parfaits.

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