« Histoires juives libanaises », une série du journal L’Orient-Le Jour – The Times of Israël

Dans une nouvelle série d’articles, dont le premier a été publié hier, le quotidien francophone libanais L’Orient-Le Jour s’est donné pour mission de présenter les « Histoires juives libanaises » – le nom de la série.

Dans ce premier article, « La ‘disparition silencieuse’ des Juifs libanais », la journaliste Stéphanie Khouri écrit : « Raviver le souvenir d’une communauté méconnue aujourd’hui disparue, c’est aussi caresser du bout des doigts un Liban qui n’existe plus. Non pas par nostalgie, ni par culte d’un passé fantasmé. Mais pour comprendre ce que le monde d’hier a à dire du Liban d’aujourd’hui. »

L’article démarre par l’histoire du jeune Albert Dichy, Juif libanais confronté à la guerre des Six jours et à ses conséquences. Le texte aborde ainsi la « suspicion » contre les Juifs du pays dès la déclaration d’indépendance israélienne et la première guerre israélo-arabe, puis la « rupture » entamée en 1967.

« Les Juifs du pays, qu’ils soient proches des milieux phalangistes chrétiens ou des cercles de gauche propalestiniens, se retrouvent pris en étau », écrit L’Orient-Le Jour. « Comme de nombreux coreligionnaires, Albert Dichy découvre alors une histoire qui le dépasse et le rattrape malgré lui. L’histoire d’une suspicion. D’un embarras qui ne veut pas dire son nom. »

De 14 000 personnes à son apogée, la communauté en a compté quelques centaines au milieu des années 1980, et quelques dizaines, très discrètes, aujourd’hui. Outre la question israélo-palestinienne, ce long déclin s’explique aussi par la guerre civile libanaise (1975-1990) et plusieurs enlèvements antisémites.

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« Au soir du conflit [dans les années 1980], leur présence n’est plus qu’un lointain souvenir, vestige d’une époque qui ne reviendra plus. Le pays semble depuis avoir fait table rase de ce passé. On ne mentionne plus la mémoire juive qu’à quelques rares occasions – par folklore, curiosité ou intérêt politique », écrit le journal.

L’épisode a ainsi mis quasiment fin à une présence juive en terres libanaises qui aurait commencé au 1er siècle avant l’ère commune. Les migrations successives, notamment venues d’Espagne au Moyen-Âge, de tout le Moyen-Orient et d’Europe pendant les persécutions nazies, ont plus tard participé à renforcer cette présence.

L’article revient sur cette certaine harmonie passée, entre les différentes communautés du pays – il y en a 18 officiellement, toutes bénéficiant des mêmes droits civils et politiques, contrairement aux Juifs du monde arabe vivant en terre d’islam, souvent considérés comme des citoyens de seconde zone.

Alors, les Juifs du pays pouvaient se marier religieusement et la vie juive était riche, comptant écoles, boutiques et synagogues.

Cela a ainsi participé à une augmentation du nombre de Juifs dans le pays entre 1948 et 1950, quand ceux de Syrie, d’Égypte et d’Irak ont afflué face aux persécutions dont ils ont été victimes dans leurs pays respectifs après la création de l’État d’Israël. 1950 a cependant marqué le début du long déclin, avec la mort dans un attentat à la bombe d’Esther Penso, directrice de l’Alliance israélite à Wadi Abou Jmil.

Peu après, alors que le discours officiel vantait toujours l’intégration de toutes les communautés, la nationalité a fini par être refusée aux Juifs qui en faisaient la demande, dont une partie sont devenus apatrides. Puis il a été question au Parlement d’exclure les Juifs de l’armée.

La dégradation du climat social, politique et sécuritaire, la guerre de 1967 puis la guerre civile ont ainsi définitivement mis fin à l’avenir de la communauté, qui a fini par fuir en Europe, aux États-Unis ou en Israël dans une moindre mesure – au grand regret de ses membres, qui n’ont jamais pu retourner au Liban.

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