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Publié aujourd’hui à 06h00

Igor Moukhine n’est pas un historien. Juste un gosse de 20 ans qui, au fil des années 1980, arpentait sa ville, Moscou, appareil en bandoulière, en ouvrant grands les yeux. En cette période de célébration des 30 ans de la disparition de l’Union soviétique, en décembre, son travail est toutefois montré pour ce qu’il est : un morceau d’histoire. Le photographe, né en 1961, est exposé à la Maison de la photographie Robert-Doisneau, à Gentilly (Val-de-Marne), jusqu’au 9 janvier 2022. Un livre rassemblant les différentes photographies présentées est paru aux éditions Bergger : Générations. De l’URSS à la nouvelle Russie. 1985-2021.

Son travail le plus fort concerne cette période de transition lancée par Mikhaïl Gorbatchev qui s’étire des années 1980 – temps de la glasnost (volonté d’une plus grande transparence) et de la perestroïka (une politique de restructuration) – à la fin des années 1990, avec, en 1991, la chute de l’Union soviétique. Les 200 millions de citoyens sont déboussolés, et Moukhine met ses pas dans ceux de la jeunesse underground, adepte de rock et de punk. Il visite avec eux les arrière-cours, les cuisines enfumées. Son œuvre a toutefois une portée plus universelle – elle montre la collision des mondes et des époques, l’apprentissage de la liberté.

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Dans la photographie d’Igor Moukhine, les plans se superposent, un, deux, trois, quatre, comme une orange qu’on pèle, comme un mystère qui perce. Les époques s’entrechoquent, la chapka d’un passant semble demander des comptes aux cheveux longs d’un blouson noir. Les façades grises du paradis rouge se remplissent d’inscriptions, de silhouettes vives et inconnues.

La décennie sauvage

C’est l’époque du grand basculement, l’épuisement d’un monde. Il n’est plus question de lutte contre le communisme, comme du temps des dissidents. Avec Mikhaïl Gorbatchev, le totalitarisme est mort et a emporté avec lui toutes les évidences qui constituaient la vie soviétique, y compris la peur. Ne reste que le décor grandiloquent, soudain inutile et fissuré. Le choc est brutal, sale, bruyant, et pas seulement parce que Moukhine aime les personnages des marges. Déjà, dans ses images, affleure la décennie sauvage, ces années 1990 superbes de liberté, terrifiante de violences – sociales, économiques, psychologiques, physiques.

Les appartements communautaires débordent, les murs se lézardent, les médailles rouillent, les fichus des grands-mères fanent. Le chanteur de rock Viktor Tsoï, leader du groupe Kino, dont le succès est une réponse à l’appel de liberté de la jeunesse (et dont le parcours sera adapté à l’écran en 2018 par Kirill Serebrennikov dans le film Leto), est sur toutes les lèvres. On le voit dans un cliché de Moukhine en train de descendre les escaliers d’une station de métro.

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De l’URSS à aujourd’hui, Igor Moukhine sur des montagnes russes – Le Monde
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