Comment les régions boostent la rénovation énergétique des maisons – La Gazette des communes

Pour une centaine de maisons individuelles ayant bénéficié d’une rénovation énergétique en une étape, une campagne inédite de mesures démontre que « 95 % ont atteint l’objectif “BBC ou équivalent” ». C’est le résultat majeur de l’étude Perf in Mind, réalisée dans le cadre d’un appel à projets « recherche » de l’Ademe, publiée début 2022. « La consommation de chauffage est réduite au minimum, compatible avec les objectifs “climats 2050”, la qualité de l’air est excellente et les habitants se disent satisfaits du confort, hiver comme été », résume ­Jonathan ­Louis, coordinateur « innovation » de l’Ademe.

« Un tel respect de la performance visée, c’est du jamais vu dans une campagne de mesures », souligne ­Thierry ­Rieser, gérant d’Enertech, qui a réalisé l’étude en partenariat, notamment, avec ­Effinergie, une association regroupant collectivités, acteurs associatifs et publics, en faveur de la rénovation énergétique performante des bâtiments.

Du miel pour les régions engagées depuis une dizaine d’années dans ce secteur clé de la transition écologique. Du Grand Est à la Normandie en passant par la Bourgogne - Franche-Comté, elles orientent les ménages propriétaires de leur maison vers l’objectif BBC ou équivalent, voire vers l’énergie positive, par le biais de dispositifs d’accompagnement technique et financier.

Bouquets de travaux

L’enjeu est immense. La France compte en effet plus de quinze millions de logements individuels, parmi les plus énergivores et, en grande majorité, chauffés aux énergies fossiles, d’après ­l’Ademe. Or, à ce jour, moins de 4 000 maisons individuelles ont bénéficié d’une rénovation énergétique performante, d’après une enquête de l’association ­Effinergie. Dérisoire, au regard de l’objectif d’un parc résidentiel de niveau BBC en 2050 fixé par la Stratégie nationale bas carbone.

La pratique de la rénovation par étapes demeure très répandue. Les propriétaires isolent les fenêtres, plus tard le toit et, à un autre moment, changent le système de chauffage. « C’est bien plus coûteux et nettement moins efficace, car on ne travaille pas sur les interfaces et le bon fonctionnement de l’ensemble : les gens se retrouvent avec un mur pas isolé, une chaudière mal réglée… et la consommation de chauffage dérive », relève ­Jonathan ­Louis, une autre étude de l’Ademe à l’appui (1).

Pourtant, « l’Etat continue à soutenir et financer des rénovations énergétiques geste par geste, notamment le changement de chaudière, alors qu’il faudrait concentrer les financements sur les bouquets de travaux “BBC ou équivalent” en une étape ou, tout au plus, deux ou trois étapes anticipées et coordonnées pour aboutir au BBC », explique ­Thierry ­Rieser.

Un processus de rénovation globale qu’encouragent des dispositifs régionaux, à l’instar du chèque éco-énergie de la ­Normandie, même s’ils admettent les rénovations par étapes. De l’audit énergétique à la fin des travaux, des professionnels accompagnent les ménages sur le plan technique. La ­Normandie a conventionné des auditeurs, ainsi que des rénovateurs « BBC » en mesure de piloter les chantiers.

Ces tiers de confiance, que la Bourgogne - Franche-Comté a également intégré à son programme ­Effilogis, ont un rôle clé dans les rénovations performantes. « Les chantiers sont réussis quand un prestataire formé les supervise, en prêtant une attention particulière aux ponts thermiques [les interfaces entre sol, murs, fenêtres, toit, etc., ndlr] » relève ­Stéphanie Modde, vice-présidente de la région Bourgogne - Franche-Comté chargée de la transition écologique.

Encore faudrait-il « qualifier l’ensemble de la filière », indique la vice-présidente, constatant « le manque crucial » de professionnels formés au BBC. D’autant qu’un point reste à améliorer, selon l’étude Perf in Mind : l’installation et le réglage des installations techniques (chaudières à condensation, pompes à chaleur, ventilations) en fin de chantier, en expliquant leur fonctionnement aux utilisateurs.

Modulation des aides

Autre volet clé de la démarche : le soutien financier. Du montage du plan de financement jusqu’au préfinancement des aides publiques, les régions s’efforcent de faciliter la tâche des ménages. Au vu du coût des travaux, les subventions sont déterminantes. La Normandie a choisi de moduler ses aides selon les objectifs de rénovation énergétique visés (jusqu’à 10 000 euros). La Bourgogne - Franche-Comté, en complétant les aides existantes, couvre au moins 80 % de la dépense des ménages les plus modestes.

Résultat : 840 maisons individuelles rénovées au niveau BBC dans le cadre du chèque éco-énergie en Normandie, de 2016 à 2021, et 600 en Bourgogne - Franche-Comté dans le cadre du dispositif ­Effilogis depuis 2019. « On ne peut plus se permettre de faire de la rénovation énergétique par petits bouts. Il faut être ambitieux et viser le BBC en une étape, car les coûts de l’énergie augmentent, de même que les émissions de gaz à effet de serre », prévient ­Stéphanie ­Modde.

« Il faut lever le frein financier »

Matthieu Flahaut, directeur des opérations d’Oktave, société d’économie mixte de la région Grand Est (autres actionnaires : Procivis Alsace, Banque des territoires et Caisse d’épargne.)

« Au départ, les ménages veulent des travaux d’isolation simples dans leur maison. Nous leur conseillons une rénovation énergétique performante, de niveau “BBC“. Cela permet une forte ­réduction des consommations d’énergie en hiver et l’amélioration du confort estival sans recours à la climatisation, comme le confirme l’étude Perf in Mind. La qualité de l’air intérieur est également très satisfaisante. Afin d’encourager les ménages à prendre leur décision, nous leur proposons un accompagnement technique, incluant le choix et la coordination des entreprises, ainsi que le suivi du chantier, qui exige une grande vigilance aux interfaces entre toit, murs, fenêtres…

Nous avons opté pour les STR qu’il suffit d’adapter aux contraintes du terrain. Cela évite des calculs thermiques inutiles pour des préconisations qui sont, au final, ­toujours les mêmes. Il faut en outre lever le frein financier. Nous préfinançons l’ensemble des aides auxquelles le ménage a droit, ce qui lui permet, sur la base de cet apport, d’obtenir un crédit bancaire.

Depuis la création d’Oktave en 2018, sur 2 750 entretiens destinés à préciser le projet de rénovation, 1 500 ont abouti à un audit (visite sur site, devis, préconisation de travaux, plan de financement) et 250 maisons ont été rénovées. ­Oktave prend la suite du dispositif alsacien “Je rénove BBC“, qui a engendré la rénovation énergétique de niveau BBC de 500 maisons en six ans. »

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