Chadrac : un doudou pour canaliser ses peurs – L’Eveil de la Haute-Loire

« Mon nounours, il a mal au bidou ». Le garçonnet frisé, accompagné par une éducatrice, s’avance timidement vers la table où deux élèves infirmières souriantes sont installées et l’encouragent. Il tend son doudou malade aux jeunes femmes qui examinent très sérieusement la peluche, la mettent sur la balance, la mesurent et remplissent un carnet de santé.
Cette semaine, dans les locaux de l’Adapei à La Bouteyre à Chadrac, près de 200 enfants, pour la plupart porteurs de handicap, quelques-uns, élèves de grande section de maternelle, CP et CE1 dans des établissements du bassin du Puy, participent comme en 2019, à « l’Hôpital des nounours ». Une participation voulue dans un souci de mixité et d’inclusion.

Parvenir à surmonter sa peur

Cette initiative a été lancée pour la première fois dans le secteur du Puy par Chantal Maurin, infirmière au sein du service de prestations médico-sociales de l’Adapei qui s’occupe d’enfants autistes. L’initiative n’avait pas été reconduite depuis la première édition, en raison de la crise sanitaire. « Dans le cadre de mon travail d’infirmière, je constate régulièrement que beaucoup d’enfants ont peur des piqûres, des radios, du dentiste, rendant le soin d’autant plus difficile », explique Chantal Maurin. Cette dernière a longtemps mené un travail individuel, auprès de chaque jeune patient pour préparer celui-ci à être confronté au milieu médical. Parfois avant un simple vaccin.

« Conduire un travail collectif est très profitable, car l’enfant se rend compte qu’il n’est pas le seul à avoir des craintes ».

l’infirmière

Il peut arriver que se rendre chez le dentiste constitue une épreuve tellement insurmontable qu’il faille endormir le jeune patient.
Voilà comment l’Adapei en est arrivée à la mise en place d’ateliers, non pas en lien avec une faculté de médecine comme cela se pratique ailleurs (il n’en existe pas en Haute-Loire) mais avec les élèves de première année de l’École de soins infirmiers, lesquels se prêtent volontiers au jeu.

Des ateliers tenus par des élèves de première année de l’École de soins infirmiers.

Cette participation leur offre du reste la possibilité de valider la compétence « Initier et mettre en œuvre des soins éducatifs et préventifs » de leur cursus. L’APF de son côté, prête gracieusement du matériel pédiatrique (chariot roulant, béquilles…).
Durant une heure environ, les enfants et adolescents en situation de handicap (physique, mental ou social) vont ainsi de table en table, qui sont autant d’étapes du parcours de soins, depuis la salle d’attente, jusqu’au bloc opératoire en passant par la consultation chez le Nounoursologue (le médecin des nounours), cabinets dentaire, de kinésithérapie, ou radiologie.
De nombreuses structures spécialisées dans le handicap participent à « l’Hôpital des nounours », tels que l’Institut médico-éducatif (IME) Le Meygal de Saint-Hostien, les unités d’enseignement pour les autistes d’Espaly et de Monistrol-sur-Loire, l’IME les Cévennes, l’institut Marie Rivier pour sourds et malentendants, les Cocons du centre hospitalier Sainte-Marie, de même que des classes Ulis (unités localisées pour l’inclusion scolaire) dans lesquelles sont scolarisés les enfants du SPMS de l’Adapei, ou encore l’institut brivadois Bergoide. « Au sein d’une même structure, dans le cas de jeunes porteurs d’un handicap très lourd, le choix a été fait de ne faire participer que deux ou trois enfants ou adolescents pour faciliter l’intégration », précise Chantal Maurin.Plusieurs structures de soins et d’accompagnement participent à ces journées.

Certains ont rencontré quelques difficultés à s’intégrer aux groupes de visiteurs. La peur de la foule, plus que de « l’hôpital » semblant les rebuter.
Heureusement, le doudou est là aussi pour rassurer. « En psychologie, on parle d’objet de transition, assure l’infirmière à l’initiative de ces journées. Les enfants finissent par canaliser leur peur et, dans certains cas, au bout de quelques minutes par prendre la place de la peluche ». Au fil de la visite, l’un d’eux s’enhardit et pose cette question : « Quand vous aurez opéré mon doudou, qu’est-ce que vous allez faire du morceau de boyau ? »

Philippe Suc

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