Depuis janvier 2021, l’OMS a choisi l’alphabet grec pour qualifier les variants pour éviter toute discrimination géographique et parce que les lettres sont “faciles à prononcer et à retenir”. Mais c’est aussi parce que l’alphabet grec sert de référence scientifique universelle, depuis des siècles.

L’alphabet grec que nous connaissons naît autour du VIIIe siècle avant J.-C. .Pas moins de cinq écritures non-alphabétiques cohabitaient jusque-là dans tout le territoire grec.  

Ces systèmes analogiques faisaient correspondre un signe à un objet. Problème : difficile de mémoriser des milliers de signes. La nouveauté avec l’alphabet grec, c’est qu’une lettre = un son de la langue. Mais les Grecs ne font que reprendre une version légèrement adaptée de l’alphabet phénicien, qu’on considère comme le tout premier système alphabétique au monde.

Il fut développé il y a 3 500 ans dans une région qui correspond aujourd’hui au Liban. La forme des lettres de l’alphabet phénicien s’inspire des objets du quotidien.

Pierre Bergounioux, écrivain : “Lorsqu’on les examine, en particulier les majuscules, on voit bien que le A majuscule c’est une tête de bœuf à l’envers. Le B, c’est une maison du Moyen-Orient à toit plat. Le C, gimel, c’est le cou du chameau. La lettre D, dalet, c’est la porte. Tout le passé est là mais il nous échappe car nous avons cessé de percevoir les signes comme représentant des choses, nous les percevons simplement comme l’expression d’un son.”

Un mythe ancien

Dans la mythologie, c’est le prince phénicien Cadmos qui aurait introduit son alphabet, après avoir arpenté la Grèce à la recherche de sa sœur Europe, enlevée par Zeus.  

Après sa quête infructueuse, Cadmos aurait fondé la ville de Thèbes, en Grèce et aurait imposé l’utilisation de son alphabet.

En réalité, l’alphabet phénicien s’est diffusé aux territoires grecs via les échanges commerciaux. Cette écriture sert à noter la poésie, à tenir les registres des marchandises et à établir le cadre de l’administration, car l’alphabet est aussi un vecteur d’unification politique du territoire.

Pierre Bergounioux :Ce sont les Grecs qui ont presque tout inventé et qui ont ajouté cette touche qui manquait aux alphabets phéniciens, à savoir les voyelles. C’est pour cela que leur alphabet est à la fois resplendissant et à mes yeux éternel. Il durera pour toujours.”

L’alphabet grec s’est ensuite diffusé dans la péninsule italienne et a donné l’alphabet étrusque…qui a lui-même donné l’alphabet latin, que nous utilisons en Occident.

Une utilisation introduite dans les sciences

L’alphabet grec ne disparaît pas pour autant. Il reste comme référent universel, notamment dans le domaine des sciences, pas seulement grâce à la grande contribution des Grecs aux mathématiques, Thalès, Pythagore, Archimède, mais aussi car dès la Renaissance, de nombreux scientifiques s’y réfèrent.  

En mathématiques et en géométrie, les 26 lettres de l’alphabet latin ne suffisent pas pour noter tous les éléments. Au XVIIIe siècle, des scientifiques de culture helléniste puisent dans le grec pour établir des conventions, notamment sur les angles et les constantes.  

Par exemple, Pi (π) pour désigner le rapport de la circonférence d’un cercle au diamètre ne date de la Grèce antique, mais de 1706,  lorsqu’un mathématicien anglais, William Jones a l’idée d’utiliser la lettre grecque Pi comme abréviation de peripheria (circonférence en latin).  

Après les variants alpha, bêta, delta et omicron, espérons ne pas arriver jusqu’à la dernière lettre, oméga…

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À l’origine de l’alphabet grec : une révolution en 24 signes – France Culture